Christophe Greffet – Question au Président sur le 19 mars, la décentralisation, l’Ukraine, le RSA – Session mars 2022

Bien difficile dans cette période de ne pas faire preuve de vague à l’âme. A voir en particulier ces images de chair et de sang venues d’Ukraine ; des images qui témoignent des crimes de guerre qui s’y commettent et une folie qui nous fait craindre le pire face à l’arme nucléaire que nous avions -c’est vrai- fini par occulter.

Les raisons d’espérer sont pourtant là à voir l’élan de solidarité en faveur du peuple ukrainien qui se bat. En soutien aussi aux déplacés et aux réfugiés qui gagnent nos démocraties. Je suis par exemple très heureux et très fier de constater que dans le territoire qui est le mien et celui de ma collègue, ce sont plus de 60 hébergements qui ont été proposés par des habitants pour accueillir des familles et permettre à des femmes et des enfants de vivre tout simplement.

Nous nous associerons à la proposition de crédits destinés à la Croix Rouge et je veux dire aussi la réactivité avec laquelle département, intercommunalités et communes se sont mobilisés pour collecter les dons utiles à la population ukrainienne, chacun prenant sa part dans l’urgence.

Dans un temps aussi grave et particulier, il est important de faire preuve d’unité et de ne pas aviver les querelles inutiles.

D’unité, il a aussi été question samedi dernier devant le mémorial de Bourg-en-Bresse et les monuments de ce département pour rendre hommage aux 30000 soldats français tombés durant la guerre d’Algérie.

Si j’évoque le sujet, c’est que deux candidates à la présidence de la République ont cru bon remettre en cause la légitimité de cette date du 19 mars. Je suis pour ma part consterné, et avec moi un grand nombre de combattants que j’ai côtoyés, de voir comment certains, cherchant à s’attirer les faveurs électorales de telle ou telle communauté, instrumentalisent la mémoire collective.

Je veux juste rappeler qu’il aura fallu 50 ans, un demi-siècle, pour que le 19 mars soit reconnu par la représentation nationale dans son ensemble, Assemblée nationale et Sénat confondus.

Chacun s’accorde à reconnaître que cette guerre a constitué pour la France un des plus importants traumatismes du XXème siècle. Pour le million de rapatriés dont l’Algérie était la patrie. Mais aussi pour les trois millions d’appelés et de rappelés qui ont eu 20 ans dans les Aurès.

Il n’y a pas unicité des mémoires pas plus qu’il ne peut y avoir négation des malheurs ou concurrence des victimes.

C’est pourquoi d’ailleurs j’ai pris l’initiative -dans mon territoire- d’un film documentaire donnant la parole aux appelés. Un film qui sera projeté la semaine prochaine et que je vous invite à voir monsieur le Président.

Les plaies ouvertes par trop d’années de guerre sont aujourd’hui encore loin d’être cicatrisées et méritent que l’on respecte cette journée nationale -désormais officielle- du souvenir.

Il y a aussi matière à s’inquiéter et même à s’indigner lorsque raison est donnée à ceux qui, au nom d’une cause, combattent -non pas par les moyens que nous donne la démocratie- mais par la violence.

Ce qui se joue en ce moment en Corse est à cet égard éloquent. Comment expliquer autrement que l’Etat donne des gages de liberté -d’autonomie même- à un territoire particulier sans considérer les autres ? Nous sommes tous convaincus ici que la France, qui a eu besoin de la centralisation pour se faire, a aujourd’hui besoin de la décentralisation pour ne pas se défaire selon la formule d’un ancien président de la République.

Voilà quarante ans tout juste que les grandes lois de décentralisation ont donné au Département la liberté nécessaire à l’exercice de ses compétences. A l’issue de l’élection présidentielle, et quel qu’en soit le résultat, nous constaterons que la plupart des décisions prises à Paris devront faire écho dans les territoires. Et nous serons convoqués sur les sujets.

Lorsque je lis -par exemple- la baisse à venir des impôts de production, qui bénéficient aujourd’hui aux collectivités en charge de l’économie, je me dis qu’il y a une incohérence fondamentale à vouloir relocaliser les productions alors que les territoires seront demain privés des ressources correspondantes.

Lorsque j’entends la perspective d’allocations versées à la source alors que le tiers des bénéficiaires en sont écartés aujourd’hui, le Département va immanquablement voir les moyens nécessaires au RSA majorés de dizaines de millions d’euros. Avec quelles compensations ? A moins qu’il s’agisse d’une occasion de recentraliser le RSA ?

Tous territoires confondus, nous devons exiger d’être entendus et respectés, a fortiori lorsque nous respectons les institutions.

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